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Anthropologie médicale

Vol. 1 No 1 (2021): MTSI-Revue

Déterminants socio-anthropologiques de la prévalence élevée des fistules obstétricales en Guinée

DOI
https://doi.org/10.48327/mtsibulletin.n1.2021.68
Publiée
2021-03-15

Résumé

Objectif. L’objectif de cette étude était d’analyser les déterminants socio-anthropologiques (représentations, croyances, pratiques et perceptions des services de santé) de la prévalence élevée des fistules obstétricales en Guinée

Patientes et méthodes. Il s’agissait d’une étude qualitative d’une durée d’un mois, du 15 janvier au 15 février 2018, réalisée dans trois centres de santé (un urbain et deux ruraux). Elle a concerné les mères biologiques qui sont venues faire vacciner leurs enfants. Les données ont été collectées par entretien individuel semi directif.

Résultats. Aucune des 42 répondantes n’a pas pu faire le lien entre la survenue des fistules obstétricales et l’accouchement dystocique. Dans les trois sites de l’étude, on pensait que l’accouchement dystocique et la fistule obstétricale ont une origine mystique. À Kissidougou, les répondantes pensaient que les accouchements dystociques et les fistules obstétricales sont causées, soit par la sorcellerie, soubaya en malinké ou un mauvais sort korte en malinké, jeté par une personne ennemie, ou le mauvais comportement de la parturiente, c’est-à-dire lorsqu’elle pratique l’adultère ou si elle a un comportement irrespectueux vis-à-vis des aînés. À Dubréka, les répondantes liaient la survenue de la dystocie et de la fistule obstétricale à la sorcellerie, koromikhi. en soussou À Labé, certaines répondantes pensaient que l’accouchement dystocique et la fistule obstétricale sont dus à une punition divine, en peul lette Allah, lorsque la femme ne respecte pas son mari ou si elle a contracté la grossesse hors mariage. D’autres pensaient que l’accouchement est difficile à cause de l’étroitesse de la voie d’accouchement, en peul lawol ngol no faadhi, chez les parturientes qui n’ont pas de rapports sexuels pendant la grossesse ou encore lorsque la femme n’a pas été proprement excisée, en peul o suuwaaki laabhi, c’est-à-dire lorsqu’on a laissé une partie du clitoris en place lors de l’excision. La majorité des répondantes avait une mauvaise perception des services de santé (présence de personnel de sexe masculin, non-respect de l’intimité, mauvaise hygiène, maltraitance).

Plusieurs pratiques culturelles (mariages précoces, mutilations génitales féminines, interdits alimentaires, accouchements à domicile) favorisent également la survenue des fistules obstétricales.

Conclusion. Les croyances et les pratiques culturelles en matière d’accouchement des répondantes limitent leur fréquentation des maternités pour accoucher et favorisent la survenue des fistules obstétricales.